Mail art ou art postal ???

L'histoire du mail art en France reste en grande partie à écrire. Cette pratique artistique y semble moins développée qu’ailleurs – en témoigne une nette préférence pour le terme anglo-saxon, par rapport au français "Art-Postal".
Le mail-art est un mouvement qui naît d’une volonté de briser les barrières élitistes des galeries et des musées. L’idée fondatrice était simple : l’art doit circuler librement entre les gens, sans argent ni profit. Les artistes s’envoyaient mutuellement des collages, des poèmes visuels, des tampons. C'est avant tout une proposition artistique où un service postal sert non seulement de voie de circulation, mais participe également à la réalisation esthétique ou conceptuelle du projet.
La règle d’or : Une liberté totale résumée par la formule « pas de frais, pas de jury, liberté de technique et de format » C’est un art de l’échange, gratuit et affranchi du marché de l’art. Les matériaux utilisés sont des plus variés, tout comme les techniques : la photographie, le dessin, le collage, la peinture, la calligraphie….
Les attributs de la Poste : adresse du destinataire et de l'expéditeur, timbre, oblitération participent évidemment des matériaux de l'art postal.
On trouve des ancêtres au Mail Art chez :
· Les Futuristes italiens L'art dans la vie quotidienne : En exploitant le réseau postal, les futuristes voulaient sortir l'art des musées et des galeries qu'ils fuyaient, pour l'injecter directement dans le quotidien des gens.
La vitesse et la communication moderne : Le timbre, l'oblitération, les lignes ferroviaires et la rapidité de la distribution postale incarnaient parfaitement le culte de la vitesse, de la technologie et de la vie moderne propre à leur manifeste

· Les Dadaïstes 1910-1920.
Si les futuristes ont inventé le support, Dada a introduit la satire, le non-sens et le détournement politique. Le lien entre Dada et le Mail art est avant tout conceptuel et précurseur; l'échange d'idées est plus important que la conservation de l'objet.

L'héritage de l'art postal futuriste s'est transmis de manière organique aux autres avant-gardes du XXe siècle, mais avec un changement radical d'esprit. Là où les futuristes utilisaient la poste comme un outil de propagande technologique et esthétique, Dada et Fluxus ont transformé le Mail Art en un outil de subversion, d'anti-art et de réseau collaboratif mondial.
C’est autour des années 60 à New-York que la pratique artistique du mail-art prend forme et devient véritablement institutionnalisé par Ray Johnson et sa New York Correspondance School. Il est considéré comme le « père » et fondateur du mail art, et crée en 1962 un réseau formel d'échange. Il envoyait des dessins ou des collages inachevés avec la mention : « Please Add To and Send To... » (Veuillez compléter et envoyer à..). L'œuvre n'appartenait plus à un seul auteur, elle devenait collective et infinie

Les artistes se démarquent volontairement du marché de l'art et sont souvent engagés politiquement. Ils peuvent lancer un appel aux membres de leur réseau afin de lutter pour telle ou telle cause relevant de la défense des droits de l'Homme. Les envois se font à l'échelle planétaire et les mail artistes détournent timbres et tampons pour personnaliser leurs œuvres qui sont parfois ironiques voire subversives.
Le Mail Art connaît son apogée entre 1960 et la fin des années 1980.

Le mouvement Fluxus considère le Mail Art comme un réseau mondial gratuit
( "L'art c'est la vie")
Des artistes comme Robert Filliou ou Ben Vautier ont, dès les années 1960, utilisé la poste comme un espace d'art démocratique et éphémère, refusant que l'art ne soit enfermé dans les musées. Les artistes de Fluxus partagent avec les futuristes la volonté de sortir l'art des musées, mais ils y ajoutent un rejet total du marché de l'art.

Quelques artistes phares:
On Kawara (1932-1914)-Robert Watts (1923–1988)-Robert Filliou (1926–1987)...
H.R. Fricker (Suisse) : artiste du Mail Art, connu pour son « Networker » et ses projets « Tourism », utilisant principalement des tampons et des enveloppes.

Ryosuké Cohen (Japon) : Fondateur du projet Brain Cell en 1985, œuvre collective monumentale du mouvement Mail Art. Des milliers de créateurs à travers plus de 80 pays lui font parvenir des tampons, des stickers et des sceaux personnalisés. L’artiste japonais assemble ensuite ces contributions uniques sur de grandes feuilles A3 pour composer des collages complexes, avant de renvoyer à chaque participant une copie imprimée de l'œuvre finale accompagnée du répertoire de tous les contributeurs.

Anna Banana (Canada) : figure importante du Mail Art, cofondatrice du magazine VILE,
Elle est la première artiste à créer des œuvres au format de timbre
, le « timbre artistique » (je vous en dirais plus sur ces timbres d'artistes dans un autre article.)
Depuis le début des années 1970, elle participe au mouvement de l'art postal connue pour ses enveloppes et ses cartes postales décorées de collages et de tampons.

Lenore Tawney (États-Unis) : artiste de Mail Art. Peu de temps après avoir commencé ses dessins graphiques en 1964, elle a également commencé à explorer le collage. Elle en a envoyé des centaines sous forme de cartes postales réalisées avec des fragments de papier, des os, des plumes, des coquilles et d'autres matériaux naturels et annotés de messages cryptiques, parfois humoristiques à des amis.
Les œuvres de Tawney agissent comme des transmissions fragiles.


En découvrant l'histoire du Mail Art, j'ai compris que ma pratique rejoignait, sans le savoir, une longue tradition. Collectionneuse de vieilles cartes postales et de timbres dépareillés, je les réutilise dans mes collages non par simple goût esthétique, mais parce que ces papiers ont déjà vécu — ils ont voyagé, porté des mots, traversé le temps. Avec mes collages , c'est leur offrir un second voyage, et faire de ce support ordinaire un véritable objet de correspondance artistique. Réutiliser, détourner, envoyer : sans le nommer, je pratiquais déjà le Mail Art.
Même si le courrier s'est mécanisé, qu’il voyage plus vite et via des réseaux, la magie du support physique ne s'efface pas. Il s’agit de transformer un objet banal en une pièce unique, chargée d'histoire et prête à circuler hors des cadres habituels et par la poste
Ou venir à l'atelier, vous y êtes toujours les bienvenues
Et retrouvez tous les articles sur le collage ici






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